EN ATTENDANT DES JOURS MEILLEURS N°9 SAISON2

Écrit par :

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11 novembre 2020

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Dans :

Athlétisme, Sports

INTERVIEW AURÉLIE BERTHE

Rendez-vous avec la « Licorne »

DANS CETTE NOUVELLE PÉRIODE DE CRISE NOUS AVONS BESOIN DE VOTRE SOUTIEN : VOUS POUVEZ FAIRE UN DON SI VOUS LE SOUHAITEZ – MERCI

Durant cette nouvelle période difficile, nous avons souhaitez garder le contact avec les clubs et sportifs de notre région. Pour cette 9ème interview ( par mail ) , vous avez rendez-vous avec Aurélie BERTHE bien connu sur le circuit course à pieds sous le nom de « La Licorne » . Vous saurez tout sur l’origine de ce surnom et partagerez ses aventures.

En attendant prenez soins de vous et de vos proches et surtout respecter les consignes RESTEZ CHEZ VOUS pour revenir au plus vite sur vos terrains de jeux.

Bonjour Aurélie, peux-tu te présenter en quelques mots?
Femme, 39 ans, Normande depuis ma naissance, 2 enfants, comptable et commerciale, réveuse, remplie de projets, hyperactive.

LiCoRnE, 4 ans, 18 marathons, des dizaines de trails, quelques ultras, 44 vidéos partagées sur Youtube, réveuse, kiffe du partage.

Comment vis tu ce nouvel épisode de confinement?
Mon métier fait que je bosse encore plus en période de confinement, j’ai la chance de ne pas voir le temps passer… cependant cela me laisse peut de temps pour ma vie perso et mes loisirs.
Je n’aime donc pas cette période car ma forêt, mes amis et ma famille me manquent terriblement.

Pourquoi « La Licorne »?
J’ai commencé à faire du long sur un marathon (Seine-Eure, 16/10/2016), le jour de mes 35 ans. Arrivée au 30 ème kms, la souffrance bien présente, je me suis dit « si j’arrive à terminer ce chantier, il y aurait forcément une suite ». Je vivais un moment inoubliable dans une vie et je me suis rendue compte que je n’étais pas seule, nous étions 860 marathoniens ce jour là à vivre la même chose au même moment !

J’ai eu l’idée de créer un personnage, et de partager mes aventures, pour aider les orga, faire découvrir des parcours, donner envie, et partager mes défis et ma joie de vivre.

La LiCoRnE est un animal imaginaire et magique. Ce que je vis sur mes runs est magique et jamais je n’aurais imaginé pouvoir faire tout cela… alors, cette idée de déguisement m’est venue au moment où j’ai aperçu l’arche d’arrivée du marathon, les larmes aux yeux, l’espoir dans le coeur… J’ai voulu une Licorne colorée pour qu’elle soit joyeuse à l’image de mon caractère de follasse.

Comment ce sport s’est invité dans ta vie? fais tu partie d’un club?
Je n’ai jamais été très sportive dans ma vie….
En septembre 2012, après une lourde opération chirurgicale, je devais faire du sport pour me reconstruire.
J’ai cherché un sport « pratique » à faire. Pour la course à pied, il me suffisait d’avoir une paire de baskets et je pouvais partir à n’importe quelle heure de la journée. C’est ce qu’il me fallait vu mon planning de working-maman-solo.

J’ai commencé seule, sans club, durant une année, dans ma campagne.
Puis j’ai été licenciée au Stade Dieppois durant 5 ans. J’y ai appris à courir, à fractionner, à progresser. Grâce à eux j’ai réussi à descendre les 10 kms sous la barre des 50 minutes, et surtout à atteindre la distance du marathon.
Puis j’ai découvert le trail et j’ai été adhérente à l’association ADNGPS avec qui j’ai partagé de superbes aventures.
Aujourd’hui je suis chez Oxygène Belbeuf, mon nouveau club depuis septembre. Malheureusement avec le contexte actuel, je n’ai pas encore pu partager beaucoup de moments avec les adhérents, mais je suis certaines qu’il y aura de très jolies aventures à venir…

Sur quel type de course peut-on te croiser? Quel type de terrain et distances préfères-tu?
J’aime la route, j’aime les chemins. Je sais que si je veux progresser, je dois faire un choix entre les deux… mais je n’y arrive pas et je n’en ai pas envie. Les deux me font vibrer pour des raisons différentes.

Tu peux donc me croiser sur marathon comme sur trail (rarement sous les 30kms).
Ma préférence est sur le trail long voir très long et surtout en montagne. Mon grand bonheur se trouve là-haut, dans les paysages somptueux et uniques des massifs.

Quand tu es à bout de force, à quelles ressources fais tu appel?
La première ressource d’un coureur de long est soit-même. Comme on dit : « le mental ». J’ai une force intérieure qui me hurle dans les oreilles « ne lâches rien ». Quand je suis vraiment dans le mal, je me rappel la raison pour laquelle j’ai pris le départ : passer sous l’arche d’arrivée !! Je me dis que je ne veux pas passer à côté d’une belle aventure et j’avance…

Un booster qui fonctionne très bien sur moi c’est la musique. Quand je suis à bout de force, je mets mes écouteurs, j’entre dans ma bulle et j’écoute ma playlist constituée en grande partie des musiques utilisées sur mes vidéos. Ainsi, je me souviens, je rêve, mon imaginaire se met en route, les images, les sensations reviennent, les frissons me traversent, l’adrénaline est là et j’avance… Mes enfants, je sais qu’ils m’attendent à la maison, leurs yeux brillants lorsque je leur montre la nouvelle médaille et les entendre dire « maman c’est la plus forte, elle court des trucs dingues pendants des heures alors que moi j’arrive pas à faire un tour de stade sans m’arrêter ». Je les ressens dans mon coeur, et j’avance…

Mes amis, mes abonnés, les personnes qui me suivent, quand j’ai la chance de les croiser, ils sont une vrai source de motivation également, ils sont là, je n’ai pas le droit de lâcher, alors… j’avance…

Et sinon quand vraiment c’est un carnage, je m’arrête, je dors, je mange, je bois, je me reprends et je repars ! hihihi

Comment t’entraines tu?
Je fais environ 4 sorties par semaines en privilégiant une sortie longue le weekend. Mais très très souvent les weekends j’ai un dossard… Mes dossards font partie entière de mon entrainement. Je multiplie les courses officielles, elles me permettent de faire mes sorties longues sur terrain inconnu, acocmpagnée des autres traileurs et avec le confort des ravitos. J’adore participer à des courses officielles.

Quels enseignements tires-tu de la pratique de ton sport?
Au départ, en 2012 je pensais me lancer dans un sport individuel. Ne devant compter que sur moi- même pour me motiver et pour progresser. Mais la course à pied est un sport collectif. Sur les longues distances, on trouve toujours du soutien, un accompagnant, on fait des rencontres qui deviennent de vrais amitiés. A l’entrainement, on prend plaisir à être entre potes pour se faire un run papotage ou un run d’entrainement sérieux c’est une source de motivation énorme.

Mon corps me surprend. Jamais, avant 2012, je n’aurai imaginé pouvoir courir ainsi. Merci mon corps ! Le corps est une vrai machine, il faut l’aider, l’écouter, en prendre soin et il sait te le rendre.

Ton ou tes meilleurs souvenirs en courses?
Forcément mon premier marathon (10/2015 Seine-Eure), forcément mon premier Ultra (Ultra marin 90kms 06/2016).

Mais à ce jour, celui qui reste le plus beau souvenir c’est le Trail des Hospitaliers (76kms). On a fait le déplacement entre amis, le but était de tous être finisher. On a pris le départ tous ensemble heureux comme des gamins. Seulement 15 bornes après, j’étais déjà dans le mal, pas d’énergie, le corps n’avait pas envie ce jour là. A 20 bornes, j’ai dit à mon Homme de partir, de me laisser, je ne voulais pas lui faire louper les barrières horaires, je pensais que je ne pourrais pas avaler les 55 kms qu’il nous restait à parcourir. Il était devant, les amis aussi, et moi seule dans ma galère derrière. Mon Alex a été ma source de motivation. Lui devant ne savait pas dans quel état j’étais derrière et s’inquiétait. Moi derrière, je me disais que seule une barrière horaire pourrait m’arrêter, je voulais lui montrer que j’avais assez de ressource pour terminer ce trail. J’ai beaucoup souffert, mais les paysages des Cevennes et le saint Guiral m’ont redonné le plaisir de courir. Je n’ai jamais rien lâché et j’ai passé la ligne d’arrivée après 15h30 de trail. Les retrouvailles ont été hyper émotives et nous sommes tous revenus en Normandie finishers comme promis.

Ton pire?
La barrière orageuse qui m’a stoppée sur le trail de l’EDF cenis tour en 2018. Lors du briefing du départ, l’orga nous a annoncé que la météo n’était pas bonne. On savait que nous serions déroutés et qu’on perdait 15 à 20 kms du parcours. Mais l’orage s’est déplacé plus vite que prévu. Pour une raison de sécurité, l’organisation à malheureusement été contrainte de stopper notre course au 40ème kms. J’ai loupé le passage à seulement 8 minutes. J’ai été longtemps inconsolable. J’ai pris ma revanche cet été. Un parcours magnifique et très dur.

Même s’il est très difficile de se projeter à cause de la crise sanitaire, as tu des projets de courses?
J’ai deux revanches à prendre : le radicatrail (grand défi) et l’Ultra Marin 177 kms.
Je rêve aussi de l’UT4M depuis 3 ans.
J’espère pouvoir réutiliser mes épingles, qu’elles rouillent rapidement, user mes baskets, et accrocher un max de dossards sur 2021.

Quels conseils donnerais tu à une femme qui souhaite se lancer dans ta discipline?
Sur trail long (à partir de 50kms), nous ne sommes en moyenne que 6 % à 8 % de femmes. Au dela de 70 kms, la moyenne chute énormément pour n’être que de 2 % à 3 % de nanas sur ultra.

J’ai souvent un retour des femmes qui s’identifient à moi, et me demande des conseils.
Je ne peux pas donner de conseils, il faut juste se retirer la barrière principale que l’on se met « je n’ai pas le temps de m’entrainer entre le boulot, mon mari et les enfants…». Quand on veut, on peut. Je suis une working maman et j’ai longtemps été seule avec mes enfants. Pour pouvoir m’entrainer pour un ultra, je cours le matin à l’aube avant d’aller bosser, je cours le midi sur ma pause, je cours le soir après manger et le weekend mamie m’aide pour la garde des enfants. On peut toutes trouver des solutions.
Il ne faut pas avoir peur de la distance, il faut habituer son corps, l’écouter, et y aller à chacune son rythme. J’ai atteint la distance de l’ultra rapidement finalement, j’ai eu cette chance. Cela était un rêve, et je fais toujours tout pour vivre mes rêves.

Aller les filles, lancez-vous ! Venez tester le long, mais attention l’addiction t’accroche dès la première arche passée. Parceque lorsque tu cours, tu n’es pas une maman, tu n’es pas une femme, tu n’es pas une salariée… tu es TOI, tu vis ce moment pour toi, sans contrainte, sans les tracas quotidiens. Et faire une vrai coupure de quelques heures avec sa vie, cela reboost un max !

Un petit mot sur ta chaine YouTube ?
Je filme en courant. Lorsque l’on voit des vidéos de runners, on n’imagine pas la fatigue que cela apporte de courir en filmant durant des heures, le poids du matériel, l’énergie pour prendre des images et trouver des dialogues interessants.
Le montage d’une vidéo d’environ 20 minutes me prend environ 30 heures depuis la recherche des musiques, jusqu’à l’exportation sur le net.

J’ai publié à ce jour 44 vidéos, toutes différentes car à chaque fois j’essaie de raconter mon histoire, chaque course à son histoire.
J’ai fait le choix de ne rien cacher. Je ne coupe pas les mauvais moment. Je n’ai pas envie de montrer que courir c’est facile, et je n’ai pas non plus envie de passer pour une super héroïne qui termine toutes ses courses. Alors, j’essaie de faire des vidéos qui montre la vérité.

Cependant toutes mes vidéos me ressemblent, la joie de vivre, le sourire, le partage, les émotions et l’envie d’aventures.
Mes vidéos sont mes souvenirs, je prends plaisir à les partager, elles aident aussi les orga à faire connaître leur course. Alors si elles donnent envie à quelques personnes de se lancer c’est un pur bonheur pour moi.

As tu d’autres centres d’intérêts?
La vie à la roots, prendre la voiture ou le van, et partir… en mode minimaliste, sans aucun surplus que le stricte nécessaire. Prendre le temps de découvrir et de regarder autour de moi, vivre dans la nature, faire du camping…

Merci pour cet interview, as tu un dernier mot?
Merci à toi ! Le partage est toujours un plaisir.
Je terminerais par une phrase LiCoRnEsQuE « bouffes la vie, avant qu’elle ne te bouffe »

FAISONS UN PEU PLUS CONNAISSANCE!
Un livre : « Et après » de Guillaume Musso, une histoire géniale et un finish… chut je dirais rien !
Un site web : marathons.fr, planete-marathon.fr, trouvetontrail.com
Une musique : Hans Zimmer « Time », elle me transporte à chaque fois que je l’écoute.
Un film : « L’exorciste » de William Peter Blatty, un film envoutant et inscrit dans les anales.
Un plat : Gourmande, j’aime tout tant que le plat est végétarien
Un dessert : Je préfère le fromage
J’adore : VIVRE ! Et vieillir…
Je déteste : La tristesse, si seulement on pouvait s’en passer…
Un pays : La France, je la découvre en courant, elle est magnifique dans toutes ses régions.
Un sportif : Carole Amargé et Emir Belkahia (ex Lapins runner). C’est grâce à eux que j’ai commencé le long.
Une personnalité : Mike Horn, aventurier dément!

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Christophe

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